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Pourquoi je pars seul

Une personne seule n’est pas accueillie comme une équipe de tournage. C’est la principale raison de ce choix.

Le matériel de captation posé sur une table avant le départ

Quand je présente le projet, la question revient souvent : pourquoi seul ? Les uns pensent à la sécurité, les autres à l’argent. Ma raison tient surtout à la méthode.

L’argent et le courage

Partir à deux coûterait plus cher, c’est vrai. Mais si une équipe rendait le travail meilleur, je chercherais cet argent.

On me parle aussi de courage. En fait, j’ai peur, et je crois que c’est normal quand on a compris ce qu’on entreprend.

Ce qui se dit à une personne seule

Une équipe de tournage, avec ses caméras et ses interprètes, se voit de loin. Son arrivée se prépare : on range, on prévient, on décide qui parlera. C’est humain, et ce qu’on filme ensuite ressemble souvent à la version qu’on montre aux visiteurs.

Une personne seule dérange moins. Elle doit aussi demander de l’aide : où dormir, où trouver de l’eau, à qui parler. Ces demandes créent un lien qu’une équipe autonome n’a pas besoin de créer.

« Le matériel léger n’est pas une contrainte de budget déguisée en vertu : c’est la condition d’accès à la parole. »

Flavio W

Seul, je n’aurai pas non plus de collègue avec qui commenter le cadrage ou parler français le soir. Je serai obligé d’être là, avec les gens.

Ce que ça coûte

Partir seul use aussi. Voici ce que j’ai identifié, dans l’ordre où je m’attends à le sentir.

Ce qui use, dans l’ordre :

  • La décision permanente : où dormir, à qui parler, quand repartir, sans personne pour trancher avec moi.
  • L’absence de retour : personne pour dire que ce que je fais a du sens. Au bout de quelques semaines, ça compte.
  • Le rôle permanent : être l’étranger qui arrive, se présente, explique.
  • La solitude, en dernier. Elle arrive plus tard qu’on ne croit, et plus fort.

Pour tenir, je prépare des garde-fous avant de partir : un point chaque semaine avec la même personne, à heure fixe et à la voix ; dix minutes d’écriture chaque soir ; un jour sur sept sans filmer, sans rien demander et sans rien publier.

J’ai aussi une liste de signaux d’alerte à relire en route : je ne prends plus de notes le soir, je repousse les rencontres sans raison, je filme sans savoir pourquoi. Si deux d’entre eux apparaissent en même temps, je m’arrête trois jours.

Ce que je n’ai pas encore vérifié

Tout ça est écrit avant le départ. Il est possible que l’absence d’interprète me ferme plus de portes que la légèreté du dispositif ne m’en ouvre, ou que je découvre au bout de quelques semaines que j’avais besoin de quelqu’un. Si c’est le cas, je l’écrirai ici.

Ce que je veux savoir, c’est ce que partir seul change à ce que les gens acceptent de me dire.

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